chair des mots
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Les mains gamines-Emmanuelle Pagano
lundi 4 mai 2009
par admin
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Les mains gamines, d’Emmanuelle Pagano

Un livre fort, à plus d’un titre. D’abord parce qu’il touche à l’intime de l’intime. Ce qui est magistralement indiqué dans la dernière phrase du quatrième de couverture.

Avançons. Quatre narratrices pour quatre parties : l’épouse ; la vieille dame mère de deux fils ; une institutrice en maison de retraite ; la petite fille. Quatre narratrices qui parlent d’un cinquième personnage – central sinon principal- la femme de ménage. Avec comme scène fondatrice ce qui eut lieu en CM2 en XXX. Voilà ce qui relie ces narratrices : la perception diffuse du trauma passé comme une loi de répétition. D’où une montée parallèle de deux types d’angoisse : celle de la mémoire et de l’oubli, de l’interaction des faits et des fantasmes / celle de l’avenir qui se profile avec les motifs inquiétants du trauma passé. Ces montées ne sont pas linéaires puisqu’elles sont alimentées cycliquement par des motifs incarnés : le loir qui fait du bruit ; l’oreille qui fait mal ; les procédés de sériciculture. Ou encore : la boucle de la première et de la dernière phrase () et le pont entre la dédicace du livre et l’intrigue (ce qui questionne le statut de fiction du texte, ou du moins indique un pont vers la réel). La force de l’écriture d’Emmanuelle Pagano est de relier ces voix de narratrices par ces motifs et par une sculpture de la phrase selon les personnages mais marque aussi des constantes. Il y a d’abord cette manière d’avancer par énoncé puis correction : « Ce qui renforce l’effet de présent de l’écriture. C’est la phrase inadéquate (qui vient des autres) mais assumée et dite qui permet l’émergence d’une vérité plus singulière. Un grand livre. A lire d’un trait. A relire ensuite.

Stéphane Nowak- janvier 2009